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Restitution à BOUILLONS KUB de la résidence du centre départemental de Création des Fours à Chaux
5, 6 et 7 septembre

Lectures *, dimanche 7 septembre à 15h30


* Les textes de Christine Février, Alexandre Daull et Guillaume Valériaud seront bientôt en ligne

Cette œuvre est née d’un temps d’expérimentation offert par ma résidence au Centre départemental de création des fours à chaux, à Regnéville-sur-mer (Manche). Là, dans un site où la pierre fut brûlée, transformée, exploitée, j’ai choisi de revenir en amont du feu – à la matière dans son état le plus brut, le plus vivant : la terre crue.
Céramiste, je suis familière du feu, de la cuisson, du façonnage vers la durabilité. Mais ici, j’ai suspendu ce processus pour entrer dans une autre temporalité, plus lente, plus fragile, où la forme n’est pas figée mais maintenue dans un équilibre précaire. Cette recherche m’a menée à explorer non seulement la matière terre, mais les terres – au pluriel – dans leur diversité d’origines, de couleurs, de textures et de comportements.
Chacune de ces terres m’a offert une résistance, une vibration différente. C’est avec elles que j’ai façonné ces sphères presque parfaites, qui ne relèvent pas d’une quête de géométrie pure, mais d’un désir d’harmonie, de répétition, de concentration du geste. Sphères de terre, échos lointains à la planète Terre elle-même – sphérique, plurielle, généreuse et en perpétuelle transformation.
Dans cette œuvre, le cercle et la ligne se répondent.
Le cercle : forme pleine, continue, figure du cycle, du retour, du mouvement perpétuel de la matière. Cercle du monde, du tour de potier, du temps, de la mémoire.
La ligne : celle des strates géologiques, des couches de temps, des fractures silencieuses. Ligne de tension, de faille, de filon. Ligne directrice aussi – souterraine, intuitive – qui traverse ma pratique et mes créations.
En répétant un geste ancestral japonais, je me relie à une mémoire ancienne et collective. Ce geste consiste à modeler la sphère à la main, sans moule, sans feu, par simple friction, dans une concentration du corps. Geste humble, patient, que je reprends et répète comme un rituel de terre. Une manière d’habiter la matière dans le silence, la lenteur, la présence.
L’œuvre présentée ici ne cherche pas à durer. Elle ne revendique ni monumentalité ni pérennité. Elle témoigne d’un état, d’un passage, d’une alliance temporaire entre la matière et le geste. Une forme vivante, ouverte, vulnérable, qui affirme – justement par sa fragilité – sa pleine existence.
Cette installation propose un regard sur la richesse silencieuse des ressources terrestres et sur leur circulation à travers le temps. Elle invite à percevoir la Terre – à la fois matière et planète – non comme un simple matériau, mais comme une mémoire active, une énergie en mouvement, un corps vivant à écouter, une force vivante en perpétuelle transformation.

Cécile Vazeille |dorodango terre crue brillante, installation artistique céramique, collection de terres glanées, transformation géologique de la matière, bijou de matière territoire, compression et temps en céramique contemporaine.